Le 27 février 2026, un public de connaisseurs et d’amoureux de la musique contemporaine se massait dans les gradins du Théâtre ALEPH à Ivry (94). Etait donnée la première représentation sur scène du texte Artaud Variations de Peter Valente, écrit en anglais, qui ne traduit pas d’oeuvre particulière du poète. Les mots de Valente, très puissants et théâtraux, font surgir le personnage d’Artaud qui nous parle comme s’il était toujours vivant.
Gérard Pape a obtenu l’autorisation de Peter Valente de créer une adaptation théâtrale de son oeuvre. Dans un environnement très sombre, propice aux rêves ou aux cauchemars, Gérard Pape déclame les mots avec un style vocal très grave voire brutal, accompagné par une musique électro-acoustique enveloppante voire envoûtante. La mise en scène minimaliste autour d’un Gérard Pape inspiré donne une part cruciale à la collaboration quasi fusionnelle avec Josef Ka, qui effectue une réelle performance entre gestuelle et danse. Adossée à Gérard Pape, elle se montre, se délivre et se livre au spectateur. Elle occupe rapidement l’espace pendant que Gérard Pape reste en retrait de scène et donne ainsi toute la valeur au texte qui emplit le théâtre. A noter le rôle de Loran Qui, qui réalise la partie vidéo projetée en fond de scène comme un cocon protecteur ou une manifestation des rêves les plus sombres.
Un résumé fantasmagorique et puissant de la vie d’Antonin Artaud depuis son passage dans l’asile de Rodez à ses derniers écrits quand il vivait à Ivry-sur-Seine. Une langue poétique étrangère faite de feu, de rage, d’incantation et de prophétie apocalyptique. Les spectateurs se sont levés pour applaudir avec enthousiasme la fin de cette création originale, déroutante, poétique et destructrice.